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Semaine du 23 à 29 Août 2006, numéro 624
Ebloui par la figure de la résistance de Hassan Nasrallah, le jeune poète palestinien Tamim Al-Barghouti lui dédie ces strophes où il marie le poème en prose aux vers classiques. Il y chante les louanges de celui qui a rendu à la Nation arabe sa fierté. Commandeur des croyants A Sayed Hassan Nasrallah
Panne d’électricité Sous les bombardements Seul à la maison Je tentais encore de décrire les demeures. L’horizon se tordait sous les décombres, Et la fumée, une morne prière : Demeures à Beyrouth … d’autres à Bagdad Le héraut de la mort est accablé, aussi bien que l’aède. Hier, je pleurais sur les ruines de mes aïeux, aujourd’hui, je pleure sur celles de mes descendants. Une main se tend par derrière, Traverse quatorze siècles Et tendrement me tapote l’épaule : Ne crains rien, tu n’es pas seul ; tant que nous sommes avec toi, tu ne le seras point ! Je me tournai … ils étaient tous là … Ceux qui habitent les livres : Imams, chameliers, chanteurs, poètes, Alchimistes, médecins, astrologues Et chevaux emplissant la maison, déferlant dans la rue, Se lançant loin dans la mer. Avec eux à travers la chaîne satellite, Je le regardai … Le Commandeur des croyants, en turban noir, Signe d’appartenance à la lignée d’Al-Hussein ibn Ali ibn Abi-Talib. Et puis, les Arabes, demandant vengeance, portent le turban noir. Il se voile la tête de nuit, et se lève de bon matin, Il me rappela — et je l’avais oublié — Que Dieu me chérissait. Descendant du prophète, Ô Hassan ! De la famille qui face à l’univers pèse dans la balance Récompensé de bienfaits pour une nation défaillante Vous dîtes « Ne vous en faites pas ! Ce n’est pas une défaillance ! Que l’aube se souvienne qu’elle est souffle ! Et la nuit qu’elle est quiétude ! Et l’âme qu’elle est chair ! Et le secret qu’il est révélation ! Et l’argile qu’elle est humaine ! Souvenance mêlée peut-être de chagrin Que d’une joie elle aurait rêvé Que la tristesse lui déplairait Qu’elle ne désirerait l’existence de celui Dont le souffle est la manne des ennemis. Que combattante elle est intrépide Que polémiste elle est subtile C’est qu’en guerre, le cœur protège un homme Comme ne le ferait aucun bouclier. Successeur de Dieu sur terre ! En votre nom ils ressuscitent, Telles de nouvelles créatures jadis enterrées Nous avons confié les plus précieux de nos hommes au Commandeur Celui à qui dans la détresse on peut pleinement se fier La main se tend vers le ciel, Traversant quatorze siècles. Et doucement, elle repousse la nuit, Comme l’on repousse litham ou pansement. Et la voici, une nuit sous une autre Qu’elle repousse également. Et ainsi de suite, une nuit après l’autre, Comme si elle tournait les pages d’un livre. Et chaque fois qu’elle en tourne une, D’autres laissent transparaître certaines paroles : Ne voyez-vous pas la prédiction ? Leurs armes s’effondrent, Les nôtres s’élèvent. Un lierre pousse sur le missile, L’entoure et le garnit, Puis fleurit. Un garçon crie : « Dieu est le plus grand ! » Et le toit d’Israël s’écroule. Ils pénétrèrent dans les abris, Comme de la poussière sous le tapis. L’homme est né de poussière, Mais sa branche est le ciel Et ses fruits ses habitants. Je regarde les chaînes satellites et me souviens Que Dieu, malgré tout, est une vérité scientifique. Panne d’électricité Sous les bombardements Je ne suis pas seul. La nuit est aussi sombre que les dattes, Chaque nuit est une datte. Et la main continue à les cueillir, Une datte après l’autre, Une nuit après l’autre. Entre moi et le paradis, Il n’y a que ces dattes. Une main se tend, Traversant quatorze siècles. Elle me salue, Je lui jurai loyauté. Je tente encore de décrire les demeures, De transformer la rime vaincue En une autre victorieuse : Des demeures que le temps prise en joaillier, Les malheurs, telles les autruches, en décampent effrayés. Demeures à la porte desquelles couche un chiot, Cajolé au matin par les nouveau-nés, Ainsi que des nuages, tels les cerfs-volants d’un enfant, Qui en tire les fils pour les rapprocher et les éloigner, Nuages qui leur sont dévoués comme un pèlerin, Se voyant de La Mecque arriver. Sur leurs murs, chaque verset se fait graver, Déjouant les complots dans la nuit profonde. Autour d’elles, les chevaux affranchis se rassemblent, Sans brides, apprivoisés et impitoyables. Des chevaux qui, par amour, obéirent à leurs cavaliers, N’ayant pas de commandeur jusqu’au jugement dernier. Ce ne sont pas des ruines, je ne suis pas poète, Mais je suis pour les miens diseur de vérité. Je les vois tout près, entre elles et moi, Il n’y a que le bombardement de cette nuit … 18/07/2006 Traduction d’Anas Aboul-Fotouh Tamim Al-Barghouti Né en Egypte en 1977, il est palestinien du côté de son père, le poète Mourid Al-Barghouti, et égyptien du côté de sa mère, l’écrivaine Radwa Achour. Après un diplôme de sciences politiques à l’Université du Caire, il obtient un doctorat à l’Université de Boston aux Etats-Unis. En 2003, il a été expatrié en Jordanie pour avoir participé aux manifestations contre l’invasion américaine de l’Iraq. Il travaille actuellement au Soudan avec les Nations-Unies. Il s’est consacré à la poésie dialectale, palestinienne comme dans son recueil Meijana, aux éditions de la Maison palestinienne de la poésie, en 1999, et égyptienne comme Manazer, Qassaëd bil amiya al-masriya (Paysages, Poèmes en dialecte égyptien) en 2002, et Qalouli betheb Masr qolt mech aref (On m’a demandé si j’aime l’Egypte, j’ai dit je ne sais pas), en 2005, éditions Dar Al-Chourouq. Dans le poème que nous publions, Commandeur des croyants, il opte pour des vers écrits précieusement en arabe classique, en hommage au Sayed Hassan Nasrallah.
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